La médicalisation du corps
Nous nous sommes tellement habitués à traiter le corps comme une machine défectueuse que nous avons oublié l’essentiel : nous ne parlons plus sa langue. Dès qu’une douleur apparaît, physique, émotionnelle, existentielle le réflexe est presque automatique : diagnostic, traitement, guérison, retour à la normale.
Et la quasi-totalité des réponses que nous avons apprises viennent de l’extérieur : des médicaments pour forcer le corps à rentrer dans l’ordre, des interventions chirurgicales pour enlever ou corriger ce qui ne fonctionne pas, ou même dans des versions plus douces, des « thérapies d’équilibrage » chargées d’apaiser ce que le système ne comprend pas. Les méthodes diffèrent. Mais le schéma est toujours le même. L’approche est extérieure. On agit sur le corps. Rarement avec lui. Presque jamais depuis lui.
La règle oubliée : on ne dialogue pas dans deux langues différentes
Si un symptôme est une manière pour le corps de parler, alors une seule condition rend le dialogue possible : écouter et répondre dans la langue du corps. Cela paraît simple. C’est en réalité le seul niveau de communication réel. Car cela implique de reconnaître que la douleur n’est pas un dysfonctionnement, la tension n’est pas une désobéissance, la fatigue n’est pas une faiblesse, l’anxiété n’est pas une erreur chimique.
Les symptômes ne sont pas des ennemis. Ce sont d’abord des messages. Des signaux. Des tentatives de communication. Et que faisons-nous le plus souvent ? Nous les noyons sous les médicaments, les interprétations, la peur, ou le besoin de contrôle.
Or aucune relation réelle ne peut exister lorsque l’un parle et que l’autre refuse d’écouter.
Lorsque l’intervention médicale devient le “dernier recours”
Quand le dialogue échoue, quand le corps est ignoré trop longtemps, il parle plus fort. Puis encore plus fort. Jusqu’au moment où le système médical doit intervenir. Non pas parce que la médecine se trompe. Mais parce que la relation est rompue.
Chirurgie, médicaments, soins d’urgence ne sont pas des échecs du corps. Ils sont les signes qu’il n’était plus possible d’écouter. Ils scellent le moment où la communication a cessé.
Comment reparler la langue du corps ?
En se souvenant d’une chose simple : le corps ne parle pas en concepts. Il parle en : sensations, chaleur, pression, contraction, expansion, fatigue, impulsion, respiration, immobilité. Voilà son vocabulaire.
Communiquer avec le corps implique de commencer là où il commence : ressentir, sans interpréter, percevoir, sans expliquer, écouter, sans chercher à contrôler.
L'unité corpsesprit
Le bien-être ne naît pas du fait de réparer le corps. Ni même de tenter de mieux coopérer avec lui. Il émerge au moment précis où l’illusion de séparation se dissout. Le corps n’est pas un allié de l’esprit.Il est l’autre face de l’esprit lorsqu’il prend forme. La santé n’est pas un accord entre deux systèmes. Ce n’est pas un équilibre négocié. C'est la reconnaissance vécue qu’il n’y a jamais eu deux entités.
Lorsque cette évidence s’impose, le corps ne demande plus à être corrigé, il se révèle et quelque chose comme le bien-être peut alors apparaître : non imposé, non fabriqué, non contrôlé ; naturel, silencieux, évident.
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