Regard pratique sur l’influence, la vigilance et la liberté au quotidien
La plupart de ce qui nous trouble ne vient pas du monde lui-même. Cela vient de la facilité avec laquelle nous nous laissons influencer sans nous en rendre compte. Nous vivons immergés dans des suggestions : les informations, la publicité, la pression sociale, les remarques familiales, les attentes amoureuses, les récits politiques, les promesses spirituelles. Tout fonctionne selon le même mécanisme : image, émotion et autorité produisent de la suggestion. Allumez les informations et regardez un reportage sur une catastrophe, observez ce qui se passe en vous. La joie apparaît-elle, le calme, la clarté ? Maintenant, imaginez que vous n’allumiez pas la télévision, que vous sortiez marcher, que le soleil attire votre attention, que vous respiriez. L’état intérieur est différent alors que le monde est le même. La différence n’est pas l’événement, elle tient à l’endroit où se pose l’attention.
L’hypnose ordinaire
La plupart d’entre nous vivent dans une hypnose légère mais constante, non parce que quelqu’un nous contrôlerait, mais parce que l’esprit est conçu pour réagir automatiquement aux stimulations. Une remarque apparemment anodine comme « tu as l’air fatigué » ou « tu as changé » peut modifier l’état intérieur pendant des heures, surtout lorsqu’elle vient de quelqu’un qui compte affectivement. Ce n’est pas une faiblesse, c’est du conditionnement. C’est la raison pour laquelle la beauté, le confort, la peur et le désir sont utilisés partout, dans la publicité, dans l’idéologie et jusque dans certaines formes de spiritualité. Une baisse de vigilance ouvre la porte à la suggestion. Ce que certaines traditions appellent forces obscures ou influences astrales n’est souvent rien d’autre qu’une combinaison d’autorité et de suggestion. Le mécanisme est simple et, une fois vu, il perd une grande partie de son pouvoir.
Deux niveaux d’expérience
Pour sortir de cette boucle, il est utile de distinguer deux niveaux d’expérience. Il y a d’un côté le niveau du mental, celui des pensées, des opinions, des réactions et des identités. Il fonctionne par comparaison, défense, justification et projection. On ne peut pas gagner à ce niveau, même avoir raison maintient dans la prison. Il y a de l’autre le courant de la vie, un niveau plus silencieux, antérieur au commentaire : la respiration, le mouvement, la perception, la présence. Il n’est ni pur ni impur, il coule quoi qu’on y jette. Les pensées peuvent troubler la surface, mais le courant reste intact. La liberté ne consiste pas à réparer le mental, mais à ne plus le laisser conduire.
La vigilance comme présence
Ce déplacement est subtil et fragile. Il ne demande pas d’effort, mais il demande de l’attention. Le retour à l’identification se produit facilement à la faveur de la fatigue, d’une charge émotionnelle, d’une phrase, d’un déclencheur familier. L’ancien programme se remet alors à tourner, non comme un échec mais comme une habitude. La vigilance n’est pas une tension, c’est simplement la présence et le fait de remarquer d’où l’on agit.
La famille et le couple comme terrain d’entraînement
Vivre seul peut donner l’illusion de la clarté, vivre avec d’autres la fait disparaître très vite. La famille et plus encore la vie de couple constituent le terrain d’entraînement le plus efficace qui soit. Les relations proches contournent les défenses, touchent la mémoire affective, activent l’identité et exposent les attentes. Avec des inconnus, on peut rester poli ; au travail, on peut jouer un rôle ; en couple, on est vu. Cela ne crée pas le conflit, cela le révèle, non parce que quelque chose ne va pas, mais parce que des schémas inconscients rencontrent enfin une résistance. C’est pour cette raison que la vie quotidienne, bien plus que les retraites, montre si la présence est réelle. Si elle tient dans la fatigue, dans l’incompréhension, dans le silence et dans les frottements ordinaires, alors elle n’est plus théorique, elle est vécue.
Changer de relation avec le monde
Il ne s’agit pas de nier le monde. Le monde existe. Ce qui change, c’est le pouvoir que nous lui laissons sur notre état intérieur. Le mental commentera toujours, les images apparaîtront toujours, les émotions bougeront toujours. La différence tient au fait de ne plus les confondre avec ce que nous sommes. Lorsque l’attention revient au courant, la vie retrouve son intelligence naturelle. Il y a alors moins d’effort, moins de drame et plus de justesse.
Une orientation simple
Il n’est pas nécessaire d’adopter de nouvelles croyances, de mettre en place des rituels de protection ou de lutter contre l’influence. Il suffit de remarquer quand l’attention quitte le présent, quand l’identité se crispe, quand la réaction remplace la clarté, quand les histoires que l’on se raconte commencent à diriger ce qui se passe, puis de revenir tranquillement à ce qui est déjà là. Le courant n’a jamais disparu. Ce qui change tout, c’est de se souvenir d’où l’on se tient. Les pieds le savent mieux que l’esprit ; il suffit de leur faire confiance.
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